Texte de :
Marianne Simard

La première partie de ce texte où je raconte mon histoire d’allaitement avec ma fille et sa leucémie, c’est juste ici.

TROISIÈME GOUTTE : LE CANCER DU SEIN

Malheureusement en juillet 2015, j’ai reçu un diagnostic de cancer du sein. Un autre gros coup de barre à notre allaitement et à nos vies.

Une de mes premières questions a été : est-ce que j’allais pouvoir continuer d’allaiter ma fille?

Ça a été un gros désarroi pour moi d’apprendre que j’allais devoir cesser l’allaitement dû à la chimio et aux cocktails de médicaments que j’allais prendre. Malgré que le danger était en train de s’éloigner de ma fille, j’étais convaincue que c’était mon seul pouvoir pour l’aider à finir de passer au travers de cette leucémie. J’ai donc savouré chacune de ces dernières tétées. J’étais tellement triste de savoir que ces instants fusionnels étaient dans les derniers.

LA DERNIÈRE TÉTÉE

Puis, j’ai eu en main ma médication. Le gong pour LA dernière tétée avait donc sonné.

Je m’en rappelle encore comme si c’était hier. Je me suis installée et j’ai approché ma fille de mon corps. Gloutonnement, elle a pris mon sein dans sa petite bouche. Pendant ce temps, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Ma prunelle, elle, elle ne se doutait de rien. Mais c’était son dernier boire.

J’ai alors aussi compris que je perdais tout pouvoir sur sa santé. J’allais maintenant devoir laisser ma fille seule, avec son petit système immunitaire affaibli, face à des milliers, voir des milliards, de microbes et de bactéries. J’ai eu un moment de panique, puis j’ai fermé les yeux et je me suis repris. J’ai regardé ma fille et j’ai savouré ce dernier instant jusqu’à la dernière goutte.

Je me console aujourd’hui en me disant que j’ai accompli et mené à termes ma plus grande mission du mieux que j’ai pu. J’ai protégé ma fille durant sa tempête avec tout ce que j’avais de meilleur à lui offrir. Maintenant, il fallait qu’elle se tienne seule debout contre ses vents et marées, pour que j’affronte les miens.

Les jours qui ont suivi ont été parsemés de pleurs, de cris, d’incompréhension de la part de ma fille. Je n’ai pu que la serrer dans mes bras et je lui ai chuchoté doucement que maman était désolée.  Je lui ai répété que je ne pouvais plus lui donner de mon lait dû aux médicaments que je prenais et que je faisais ça pour rester longtemps avec elle et en santé.

Pendant ce sevrage, je l’ai beaucoup caressé, bercé et je lui ai chanté les douceurs de la vie. Peu à peu, nous étions toutes les 2 entrains de faire notre deuil.

Leya a maintenant plus de 3 ans. Cela fait plus d’un an que nous avons dû nous résoudre à arrêter l’allaitement à cause de mon cancer du sein. Parfois, elle cherche encore mes seins et elle a maintenant la manie de mettre tout ce qu’elle trouve à sa bouche.

Je sais dans mon for intérieur que ce sevrage sauvage a laissé sa trace. Mais j’ai encore le privilège d’être auprès d’elle et ça, ça vaut bien plus qu’une tétée. Depuis le premier boire, j’ai été là et je me dis maintenant que je serai sa fontaine de bonheur jusqu’à ma dernière goutte de vie.

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