Dans mon premier article, je t’ai avoué avoir souffert de dépression majeure avec tendance suicidaire il y a 5 ans.

Aujourd’hui, je voudrais te montrer qu’il y a un « après », et qu’il peut être beau et joyeux.

Je te parlerai aussi des gens qui m’ont accompagné durant mon parcours d’hospitalisation et au centre de jour. Il est question des gens qui étaient des patients comme moi ou de mes proches qui m’ont, chacun à leur façon, aider à passer au travers. Sans oublier les professionnels qui m’ont suivi et sans qui un rétablissement n’aurait pas été possible.

LE APRÈS : RETOUR AU TRAVAIL

Durant les mois qui ont suivi, j’ai consulté ma médecin de famille. J’adorais ma docteur. Elle me suivait depuis que j’avais 13 ans et elle était vraiment à l’écoute de mes besoins. Avec son accord, j’ai recommencé à travailler 6 mois après la date où j’étais censée revenir de congé de maternité (mais qui a plutôt été 6 mois après mon hospitalisation). Le travail a aidé à redonner un sens à qui j’étais et ce que je pouvais amener professionnellement.

Le tout même si, à ce moment-là, je n’avais pas une bonne relation avec ma supérieure immédiate. Elle n’arrivait tout simplement pas à comprendre mon état. C’était ce qui était le plus difficile dans mon retour au travail. Ce n’est pas tout le monde qui est à l’aise avec la maladie mentale. Je n’ai pu que le constater…

EN FINIR AVEC CETTE RELATION QUI ÉTAIT DEVENUE TOXIQUE POUR MOI

Après tout ça, avant les 2 ans de mon garçon, j’ai voulu me séparer du père de mon fils pour la 1re fois. Avec ce que j’avais vécu, je ne me voyais plus dans cette relation, qui était devenue toxique pour moi. Mais je n’étais pas encore au top de ma forme mentalement et je ne me sentais pas assez forte pour être seule.

S’en est suivi un an de « back and forth » avec lui. Je n’étais pas capable de partir et de briser ma famille (ce que je me disais à ce moment-là) même si je n’étais pas bien dans cette relation. Dans cette année d’incertitude auprès du père de mon fils, j’ai recommencé à mal aller.

J’ai fait de grosses crises d’anxiété et à un moment j’ai même « décompensé ». J’étais dans un état où l’anxiété avait pris toute la place dans mon cerveau. Je ne me souviens que brièvement de cet événement tant c’était difficile à vivre physiquement et mentalement.

Cette crise m’a fait réaliser qu’il fallait que j’aille voir un professionnel à nouveau. J’ai alors consulté un nouveau psychologue. Il m’a donné les outils dont j’avais besoin et avec lesquels j’ai eu le courage de me tenir debout et de quitter le père de mon fils pour enfin vivre ma vie.

RENCONTRER L’AMOUR ET AVOIR LE SOUTIEN DE SON ENTOURAGE

Et comme vous savez (si vous avez déjà lu mes articles précédents), j’ai par la suite rencontré mon conjoint actuel. J’étais encore sous médication. Il l’a accepté même si ça pouvait être épeurant d’être avec une fille qui sortait de dépression. Il a voulu me suivre là-dedans, car il voyait que je faisais des efforts. Je voulais m’investir dans cette nouvelle vie avec mon fils et mon chum.

Après 3 ans sur les antidépresseurs, j’étais vraiment mieux. J’avais beaucoup diminué la dose de médicaments que je prenais (avec l’accord de mon médecin) en l’espace de plusieurs mois. Je m’en tenais à « une dose de confort ». Par la suite, mon médecin et moi, on a décidé d’arrêter la médication après un peu plus de 3 ans et demi.

Et maintenant, 5 ans plus tard, je peux dire que je suis bel et bien guérie de ma dépression à 110%. Avec l’amour de mon chum, de mon fils (et maintenant de ma fille), de mes parents et de mes amis, j’ai pu passer au travers.

Oui, il y a des moments où j’ai de vieux réflexes et où je me trouve tous les défauts du monde. D’autres où je stresse sur un événement et que je ne suis pas capable de le voir de façon positive.

Dans ce temps-là, il fait s’arrêter et se rappeler que c’est une phase et que ça va passer. Oui c’est épeurant, mais oui on peut s’en sortir et regagner une belle qualité de vie.

CES PERSONNES SI IMPORTANTES À MA GUÉRISON

Comme dans toute histoire qui finit bien, il faut plusieurs beaux et bons personnages. Ce qui m’amène à vous parler des personnes qui m’ont marqué au travers de mon parcours.

PENDANT L’HOSPITALISATION

PL: rendu sur l’étage de psychiatrie, j’avais croisé un gars qui était en crise dans le coin de sa chambre à l’urgence quand j’y étais moi aussi. J’avais développé une belle amitié avec lui. On se confiait l’un à l’autre (et pour moi c’était quelque chose parce que je n’avais jamais eu de confident masculin avant), on jouait aux cartes, on niaisait. Je l’ai même aidé à battre son agoraphobie en l’amenant au centre d’achat en face de l’hôpital. Je me sentais utile pour quelqu’un. Jusqu’à temps où il a su que j’allais partir. Il s’est refermé sur lui-même parce qu’il a toujours eu peur de l’abandon et s’est enfermé dans sa chambre en attendant que mon congé soit signé. Et là c’est moi qui ne savais pas comment faire face à ce rejet de sa part (même s’il faisait ça pour se protéger). Je me rappelle encore aujourd’hui comment je pleurais du fait qu’il ne voulait plus me parler. Et quand, après 3 semaines d’hospitalisation il est venu me faire un câlin juste avant que je parte. J’ai su à ce moment que ça allait bien aller.

J: C’était une jeune patiente qui avait un trouble de personnalité limite. Elle avait un tempérament artistique et j’avais beaucoup d’affections pour elle. Je la prenais pour ma petite soeur. Je la vois aujourd’hui sur Facebook, épanouie comme jamais avec sa copine et ça me fait chaud au coeur.

BA: Ma Bff, my half. Tandis qu’elle avait sa petite de 9 mois à la maison, elle prenait le temps de venir me voir aux 2 jours maximum. Elle était là pour moi plus que quiconque. Elle m’amenait de la bonne bouffe (l’hôpital ce n’est pas la qualité d’un 5 étoiles on s’entend), elle me parlait de ce qui se passait à l’extérieur, des potins de la job et qui me faisaient sentir moins déphasée. Elle a aussi rencontré mes colocs patients, même si ça peut être épeurant quand on n’a jamais côtoyé la psychiatrie. C’est durant mon hospitalisation que j’ai su que c’était ma meilleure amie. On serait « celle qui allait être là quand l’autre en aurait besoin ». Un coup de foudre amical qui est devenu une des personnes les plus importantes de ma vie.

AU CENTRE DE JOUR

B: C’était une fille réservée qui cachait en elle une âme d’artiste. Elle me donne encore des nouvelles aujourd’hui et ça me fait toujours plaisir.

A: Une bonne amie que je m’étais faite au centre avec qui je pouvais me confier quotidiennement et qui trippait sur le même genre de gars que moi! LOL. Elle a été mon premier re-contact avec la psychiatrie quand elle y a été admise quelques jours. Je l’ai visité là-bas et ça a relativisé beaucoup de choses pour moi. J’ai compris à ce moment-là que j’avais passé par-dessus cet événement traumatisant, et c’est grâce à elle.

W: Une boule d’énergie sur deux pattes. Une bonne fille comme il s’en fait rarement. Une créature mythique comme les licornes qu’elle aime tant.

E: Une jeune étudiante qui était tellement mature pour son âge. Une sage, une vieille âme si l’on peut dire. Elle m’en a appris cette petite.

L: C’était une femme qui avait vécu plusieurs drames dans sa vie, mais qui s’en était toujours sorti la tête haute et qui amenait la joie au centre au quotidien. Une inspiration cette femme.

A: Un jeune homme si gêné, si effacé. J’aurais voulu le prendre sous mon aile et le soigner.

F: Un passionné de musique qui avait un enfant handicapé. Ce gars me touchait tellement. J’en suis même venue à avoir un ptit « kick » sur lui. C’était bien innocent et platonique, mais il avait tant de charisme qu’on ne pouvait qu’être intéressé par lui. Un bum au grand coeur.

Et il y a eu deux monsieurs dont je ne me souviens pas de leurs noms. Il y avait le mélomane qui était si érudit! J’aimais apprendre à ses côtés! Je pouvais l’écouter pendant des heures. Il y avait aussi le vieux sage qui ne disait pas grand-chose dans les rencontres de groupe, sauf s’il sentait qu’une des filles se faisait malmener d’une quelconque façon à la maison. Alors là, il nous encourageait à nous tenir debout! Un vrai homme féministe.

ET IL Y A EU MES PROFESSIONNELS

Il y a eu le psychiatre qui m’a admis à l’hôpital. Il m’a cru quand je lui ai dit que j’étais au bout du rouleau. Il m’a dit que je valais la peine d’être entendue et soignée et il a cru bon de me donner un 3 semaines à l’hôpital. Un 3 semaines des plus dur, mais sans quoi je n’aurais pas été capable de me rétablir.

Il y a eu aussi le psychiatre que j’ai consulté au centre de jour. Si avenant, si rassurant. Il m’a appris beaucoup de choses sur moi-même et sur mes relations. Je me sentais appuyée dans mes démarches avec lui à mes côtés.

Je dois aussi beaucoup au reste du personnel hospitalier et du centre de jour. Les ambulanciers qui ont su me mettre en confiance, les infirmières en psychiatrie qui m’écoutaient même si elles ne comprenaient pas souvent ce que je disais parce que je pleurais trop et les infirmières et intervenants(es) au centre qui étaient toujours de bons conseils.

Dans mon parcours, une des personnes les plus importantes a été mon 2e psychologue; M. Je l’ai trouvé avec mon programme d’aide aux employés au travail. J’ai eu la chance de l’avoir sur mon chemin. J’ai tout de suite été en confiance avec lui,  même si j’ai toujours été sous mes gardes avec les hommes.  Il me parlait en métaphores, ça résonnait tellement pour moi. Il arrivait à saisir tout ce que j’étais. Il comprenait les idées que j’avais en tête même si c’était farfelu. Il m’a fait parler des gens que j’admirais et comment ça pouvait m’aider à grandir. Il m’a fait réaliser la toxicité de quelques relations de mon entourage seulement en m’écoutant. Une des rencontres les plus enrichissantes que j’ai eue. Et même aujourd’hui quand je doute de moi, je me dis « bon, qu’est-ce que mon psy dirait? » et ça m’aide à relativiser.

MES AMIES, MES PARENTS ET MON FILS ONT AUSSI ÉTÉ D’UN SUPPORT INCONDITIONNEL 

Mes amies ont aussi été d’un support inconditionnel durant toutes ces années. Soit par leurs visites à l’hôpital et à l’extérieur, par leurs petites attentions ou par leurs appels et textos, j’ai pu voir que j’étais importante pour quelqu’un quand je n’y croyais plus.

Mon amoureux, le père de ma fille, qui est si parfait pour moi. Un homme qui a laissé entrer dans sa vie une fille pas mal poquée et qui a contribué à me débosseler avec tout son amour, son support et sa patience.

Mes parents aussi m’ont appuyé tout au long de mon rétablissement. Oui, je leur ai fait beaucoup de peine avec ma tentative et ça, je m’en suis toujours voulu. J’ai la chance qu’ils soient restés à mes côtés, qu’ils aient consulté avec moi, qu’ils m’aient épaulé sans jugement pendant mes nombreuses épreuves et qu’ils se soient occupés de mon fils. Je leur en dois beaucoup. J’ai les meilleurs parents, un point c’est tout!

Et pour finir, il y a mon fils, le plus important. Il a été ma raison de vouloir vivre. En voulant le voir grandir, j’ai voulu enfin guérir. Mon ange, mon loulou d’amour, qui a toujours été protecteur de sa maman, m’a sauvé la vie. Sans lui, je n’aurais pas pu rencontrer mon amoureux ni faire naître sa petite soeur. Sans lui, je n’aurais pas pu vous écrire tout ce récit.

LA VIE C’EST COURT, MAIS C’EST LONG DES P’TITS BOUTTES 

Comme disait Dédé Fortin dans la chanson « Le répondeur » de son groupe Les Colocs: « La vie c’est court, mais c’est long des p’tits bouttes ». Sache que les longs bouttes « toffs » vont finir à moment donné. Ne fais pas comme Dédé et ne commets pas l’irréparable. Il y a toujours une lumière au bout du tunnel. Et cette lumière c’est le reste de ta vie. Et elle ne cherche qu’à t’émerveiller.

N’oublie pas qu’il y a des ressources si tu as besoin d’aide. N’hésite pas à composer le 811 ou à contacter le service d’aide à la prévention du suicide au 1-866-Appelle.

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