Fais-tu partie de ce 25% de la population?

Texte de Anouk Lauzon Groleau

Hypersensibilité : sensibilité plus haute que la moyenne, pouvant être durable ou temporaire. *

J’ai commencé à entendre parler des hypersensibles assez récemment. Il y a un peu plus d’un an, en fait.

Je t’explique.

Après 2 ans (presque 3) d’attente, j’ai fini par avoir l’Appel. Tu sais, l’Appel avec un grand A qu’on attend au Québec, avec impatience.

Celui comme quoi j’allais enfin avoir un médecin de famille.

ALLÉLUIA.

Je prends rendez-vous avec elle. Pas de problème de santé particulier, je passe haut la main la majorité des tests avec l’infirmière. Je suis transférée finalement dans le bureau du médecin. Elle me pose certaines questions (de routine) je réponds (de routine) :

-Êtes-vous enceinte ou l’avez-vous déjà été?

-Non.

-Avez-vous des problèmes cardiaques ou en avez-vous déjà eu?

– (Facile) Non.

-Vos humeurs sont-elles stables?

(Et là, je bug. C’est une question piège? J’explique.
À ce moment, je suis étudiante à temps plein dans le domaine de la santé. Je commence mes stages finaux sous peu. J’ai un travail à temps partiel dans mon domaine. Je suis en fin de déménagement. La saison des fêtes n’est pas encore commencée, mais avec une famille séparée puis recomposée, dur dur de faire un horaire des fêtes viable!
Comment être émotionnellement stable?)

-Non, mais pas plus que les autres. Enfin, je crois.

Elle me demande de préciser.

Eh merde. Pas envie de parler de comment je me sens extraterrestre, par moment. Pas envie de lui avouer que j’ai dû m’autodiagnostiquer à peu près toutes les maladies mentales amenant un bouleversement émotionnel (merci Google…ou pas en fait) : bipolarité, trouble de personnalité limite…Pas envie de parler de mes « up » et « down » émotifs, de mes 3 dernières crises d’angoisse pendant la session d’examens (c’est normal de vivre ça, non?), du fait que je me sens toujours plus ‘’niaiseuse’’ (désolé pour l’expression) d’aussi mal gérer le stress, et mon émotivité qui peut me faire brailler sans que j’aie une raison…
Ce doit être moi qui exagère, non? C’est comme ça pour tout le monde, n’est-ce pas?
-Hmm… Non, ce n’est pas normal.

-Ah?…

TOUT LE MONDE NE VIT PAS ÇA COMME ÇA

Comment faire craquer la mince coquille que je m’étais fabriquée en me disant que j’exagérais le problème, que ça allait passer, que tout le monde vivait ça comme ça. Une partie de mon monde s’est brisée. Une partie de moi que j’avais toujours refoulée se montrait.

J’ai éclaté en sanglots quand le diagnostic est tombé : Hypersensible avec trouble d’anxiété généralisé sévère, légère dépression et trouble panique.

Ce que j’avais refusé de voir comme étant une partie de moi durant des années portait enfin un nom.

Bon. En fait, lorsqu’on parle d’hypersensibilité, on parle en fait d’un tempérament et non d’un problème. Importante précision à amener.

J’ai donc commencé à faire des recherches sur le thème.
Savez-vous que 25 à 30% de la population est hypersensible?

Certains le vivent bien, d’autres moins. Ils sont plus sujets à l’anxiété et à la dépression (eh eh! Salut!), dû à leur réceptivité accrue aux stimulus (sons, lumières, odeurs…). Ils se saturent plus facilement que les autres, ce qui peut aussi amener un état de fatigue constant. L’hypersensible doit faire attention à ne pas se retrouver saturé.

EN GROS, ÇA VOULAIT DIRE QUOI POUR MOI?

Ça voulait simplement dire que je suis une éponge à émotions. Mais pas les miennes, celles des autres. Les négatives, particulièrement (quelle joie!…). Je ne fais pas qu’être empathique envers celui qui a besoin d’aide…je ressens l’émotion avec lui, parfois plus fort que lui, et ne me sens pas bien tant que la personne ne se sent pas mieux…
Bon allez, ça va, ce n’est pas si mal, je t’entends dire!
Mais imagine ça avec 2, 4, 6 personnes, en même temps, plus tes propres émotions à gérer…

Ça devient rapidement le chaos, crois-moi.

S’isoler est une bonne façon de laisser aller le trop-plein, sans stimulation. Ça peut être un refuge pour certains (et attention, si c’est le cas, c’est sacré)!

Mais ça peut aussi devenir ton pire cauchemar.
Avec des émotions franchement pas top et une « hyperactivité » émotive, ça peut rapidement devenir le fond du baril. Et tu n’as pas envie de te retrouver là.

Je m’y suis retrouvée, pourtant. À plus d’une reprise dans ma vie. Et je m’y suis perdue aussi.
Et un moment donné, la fille s’est tannée comme on dit par chez nous.

QU’EST-CE QUE J’AI FAIT POUR M’AIDER LÀ-DEDANS

J’ai commencé à voir une travailleuse sociale. Toutes les semaines. Durant 8 mois.

Les meilleurs 8 mois de ma vie.

J’ai avancé comme jamais dans mon parcours personnel. Moi qui avais des downs dépressifs plusieurs fois par mois, je n’en avais plus. Moi qui étais incapable de mettre des mots sur les émotions que je ressentais, j’y arrive aujourd’hui. Moi qui refoulais cette partie de moi, cette petite fille qui ne voulait que se faire dire : « Ça fait partie de toi et c’est correct comme ça ».

Dans une société où les émotions doivent être camouflées, invisibles… Je la laisse sortir de plus en plus. J’ai découvert que je n’étais pas empathique, mais sympathique, c’est-à-dire que je vis vraiment les émotions des autres, je ne fais pas que les ressentir. Et je sais aujourd’hui que ça peut être une force.

Je vais continuer d’être la « maman » de mes amis, d’être celle qui veut toujours que tout le monde soit bien, qui donnerait tout pour t’aider à te faire sentir mieux et heureuse. Je vais continuer, mais en me respectant, moi et mes limites.

J’apprivoise mon hypersensibilité et j’arrête de la voir comme une faiblesse.
Et c’est tellement libérateur de se laisser aller à ce qu’on est.

Ç’a été difficile pour plusieurs personnes autour de moi, je t’avoue. Ça a même mis fin à plusieurs relations, ça en a renforcé certaines. Ç’a été difficile pour moi aussi. Et ça l’est encore par moment.

Pourquoi je te parle de tout ça?

Car avec 25% de la population qui a ce tempérament, tu connais forcément une personne comme ça. Tu en es peut-être une toi-même. Tu le sais peut-être déjà, peut-être pas. Peu importe.

Si mon histoire peut t’ouvrir les yeux sur une réalité différente de la tienne, ou te montrer que tu n’es pas seule dans cette réalité, eh bien, j’en serai très contente.

*(Source : Psychologue.net)

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